KAI : « Nou pa moun ankò », a lancé Richard Cavé comme cri du cœur

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Le chanteur Richard Cavé qui signe ses propositions artistiques sous le nom du groupe Kai, est revenu cet été, avec un second album «Jijem», incluant la composition hypnotique de «Nou pa moun ankò». L’interprète de « Kriminèl » a co-écrit ce morceau avec le lyriciste haitien BIC, en résulte une douce mélodie émouvante.

Après avoir écouté « Nou pa moun ankò », je mesure l’habileté des co-auteurs qui avec des mots simples, nous renvoient à ce que nous sommes devenus, des inhumains. Le terme “inhumain” n’est pas employé ici au sens de cruauté, mais aux « valeurs authentiques » définissant l’originalité des Haïtiens, au rejet de notre haitienneté. Aux questions essentielles : Qui sommes-nous ? Ce que nous croyons être, ou ce que l’autre dit que nous sommes ?

Sous ce titre, Richard Cavé décrit la situation que les Haïtiens ont laissé s’installer. « Nous avons perdu notre humanité », a-t-il lancé comme cri du cœur. L’artiste nous rappelle sans fard que nous faisons preuve d’inhumanité et transgressons les règles du lien humain. Que  nous avons annihilé ce qui constitue notre identité, que nous ne retrouvons plus notre fierté, que nous sommes acculturés, que nous avons perdu notre patrie laissée en héritage par nos ancêtres, que nous n’héritons pas de la bravoure des héros de l’indépendance. Que nous désignons les mauvais représentants du peuple, que nous sommes passés à côté du véritable combat et que nous ne luttons plus pour retrouver notre dignité.

Le cœur de ce peuple est devenu insensible. L’homme haïtien d’aujourd’hui, n’attache plus d’importance à son prochain, à son voisin, à sa famille ou encore à sa compagne. L’individualisme de notre époque et l’argent qui nous happe un peu plus chaque jour, emportent notre humanité. Nous n’avons pas assez affirmé ce que nous sommes et ce que nous voulons. Nous sommes naturellement hostiles les uns envers les autres. Jusqu’au sein des familles, des petits procès en « privilèges » s’instruisent, des jalousies s’expriment, des aigreurs se manifestent.

Miché de Payen


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