« Peyi lòk » : Péril sur le monde du spectacle musical

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La colère populaire contre le président Jovenel Moïse attisée fin août par la pénurie d’essence, porte un coup sévère au secteur du spectacle vivant musical. Les bars, les night-clubs accueillant les bals, les soirées acoustiques, slam ou qui offrent des soirées branchées élaborées par des Djs, sont obligés de garder portes closes. Et les producteurs de spectacle sont également dans l’obligation d’annuler des dates de bals programmés en septembre, octobre, novembre et à l’approche de Noël. 

Par Miché de Payen | 05/11/2019

Des voitures en feu, des barricades qui fument, des vitrines et du mobilier cassés, des blessés, depuis la première semaine de paralysie totale du pays, la violence n’a cessé d’aller crescendo dans la capitale et ses environs. Les centres commerciaux, les boutiques de luxe, les cafés et restaurants, les boîtes de nuit et les bars sont restés porte close, donnant à Port-au-Prince, Pétion-Ville, Delmas, Carrefour des allures de villes mortes. Si certains commerces d’alimentation, grandes surfaces et agences bancaires redoutant des violences et des dégradations, ouvrent et ferment en cours de journée à Pétion-Ville, les night-clubs mordent la poussière. 

Ces lieux de sorties ne peuvent plus accueillir leurs clientèles noctambules à cause d’une “spirale de la peur” qui s’installe dans les rues désertes. Il suffit de mettre le nez dehors la nuit pour s’en rendre compte. Tous les lieux accueillant du public restent fermés. Si en dépit de la crise, Pétion-Ville en journée, fourmille d’activités économiques informelles, en nocturne et en soirée, aucune boite de la commune ne propose de prestations culturelles par mesure de sécurité. C’est un véritable coup de massue pour la communauté artistique locale.  

Les musiciens, les Djs, les gros promoteurs des promoteurs aux portefeuilles bien garnis, les clubbers, les institutions culturelles ou encore les couche-tard sont endeuillés par la fermeture de plusieurs clubs de musique et l’annulation des dates de concert des plus célèbres chanteurs, rappeurs et groupes du pays et de sa diaspora : Kreyòl La, Djakout 1, Vayb, Klass, Nu Look, Harmonik, Kaï, T Vice pour ne citer que ces formations musicales. Et le pire, les organisateurs de bals ne peuvent pas proposer aux fans de se reporter sur d’autres dates. Nul ne sait quand le pays sera-t-il déverrouillé. 

Puisque la plupart des musiciens comptent sur les revenus du spectacle vivant, de concerts, de festivals pour gagner leur vie suite à la diminution des revenus provenant du marché digital, les groupes de la diaspora ne comptent pas sur les promoteurs vivant à Haiti pour se produire. Certaines escouades musicales  ont dévoilé des dates de tournée ou des affiches sans aucun rendez-vous dans leur pays natal. Elles se produisent toutes à l’étranger en novembre et à l’approche des fêtes de fin d’année. C’est le cas de la famille musicale Harmonik qui doit assurer ses concerts en France, en Guadeloupe et aux USA. Tropicana et Nu look le 28 novembre à New York, T Vice et Kenny Haiti se produiront le 7 décembre en Floride, Klass et Vyab honoreront un contrat le 24 décembre à Tatiana Night-club. 

Alors que notre pays traverse une période d’instabilité et de crise, les fêtes de fin d’année et du nouvel an s’annoncent sombres. Les plus grands spectacles ou festivals annuels risquent d’être annulés. C’est le cas de Noche Buena qui se déroule habituellement à Tara’s, Hangover 2 janvier, Ayiti Mizik Festival 4 janvier, Festival Jazz de Port-Au-Prince en janvier. 

Aucune étude sur le poids économique du spectacle musical et de variété en Ayiti, n’a jamais été réalisée voire rendue publique. On ignore combien d’entreprises du secteur qui génèrent combien de millions de dollars de chiffre d’affaires, s’y ajoutent l’activité générée auprès des prestataires du secteur et auprès des professionnels du tourisme (hôtellerie, transports…), ainsi que les dépenses des spectateurs. Mais nous savons que les investissements culturels peuvent aussi avoir des effets bénéfiques sur l’économie. Donc, réduire au silence les boites de nuit, les formations musicales locales comme celles de la diaspora, à l’approche des fêtes de fin d’année, c’est plomber l’économie et tuer Noël. 


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