Le rabòday, c’est de la boue que Fresh La veut transformer en or.

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Paroles osées, danses provocantes… Le rabòday choque! Trop ? Certains y voient de simples chansons coquines, un simple défoulement, une évolution de la musique haïtienne. D’autres le perçoivent comme une dérive de notre société. 

« Èske nou renmen Coupé ? Wi, nou renmen Coupé ». Qui dit chansons aux paroles osées dit Jean Gesner Henry, mieux connu sous le nom de scène Coupé Cloué. Il était réputé pour ses paroles à connotation sexuelle. Il a ainsi créé son propre genre musical : le « Coupéen », un style empreint d’humour, de métaphores et d’un certain érotisme. L’artiste au crâne rasé, a envahi le dancefloor haïtien au début des années 70. C’était l’époque où les grands-parents, au bal, se lovaient sur les chansons entraînantes et coquines du roi Coupé, caractérisées par des paroles malicieuses et à double sens, laissant aller l’imagination des cavaliers ça et là sous les jupes de leurs belles cavalières en entonnant « Fanm kolokent », « Andèdan », « Madan Marcel », « Men rat la », « Myan Myan », « Donki » et « Yeye ». Et puis, il faut aussi dire que les jeunes femmes étaient couvertes. Nous ne pouvions pas réellement découvrir leur anatomie comme maintenant. Aujourd’hui, les bals ont laissé place aux boîtes de nuit où des jeunes femmes légèrement vêtues se déhanchent « frotti-frotta », twerkent contre des jeunes hommes sur le rabòday qui possède ses propres beats et ses rythmes spécifiques. Est-ce que les chansons de Coupé Cloué ne heurtaient-elles pour autant les bonnes moeurs ? Pas autant que le Rabòday de Tonymix et ses congénères. Le dj, c’est le fer de lance de la vague rabòday qui a envahi les clubs, inondé les ondes, les transports en commun et les espaces publics. 

La culture deejay, celle qui consiste à faire poser un toaster sur un instrumental durant les battles de sound systems, à la radio ou simplement dans les soirées, donnera une nouvelle identité au rabòday qui a émergé en 2010 et a trouvé beaucoup de faveur auprès d’une jeune génération. Le rabòday, c’est des paroles hardies toastées sur des ‘riddims’ informatisés. Des DJs chanteurs et producteurs populaires, Tony Mix, Dj Nj Mix, Bmix, G Dolph et The Mack ont atteint le statut de célébrités et sont devenus les gardiens du battage médiatique des jeunes haïtiens. On va pas se mentir, Tony Mix est considéré comme le fer de lance du rabòday avec l’aide du plus prolifique producteur du genre, G-Dolf. Le pilier de ce courant depuis le succès en 2010 de la version instrumentale de « Anba dekonb » (« Sous les décombres ») qu’il a remise au goût du jour quelques semaines après le séisme du 12 janvier, avec un texte dans lequel le Dj liste ses proches qui ont survécu, ou non, au tremblement de terre. Depuis, le rabòday sous pavillon Tony mix se propage dans tout le pays. 

Après « Anba dekonb remixé », le Dj chanteur a enchaîné avec des textes irrévérencieux notamment envers les femmes, des chansons vulgaires, paroles salaces, punchlines obscènes. Aujourd’hui ses grands tubes affreusement vulgaires, ses cochonneries passent en boucle dans les boîtes d’un bout à l’autre du pays. À cela s’ajoutent les danses qui n’ont rien de décent. C’est ainsi qu’on a pu voir partout en boîte, aux spectacles de « Zokiki » ou encore aux « Car-Wash parties », des jeunes femmes haïtiennes montrer et exprimer leur sexualité en s’adonnant à des danses sexuelles comme le twerk, le « « grinding », le « daggering » qui ont fait des ravages dans le landerneau musical jamaïcain. 

C’est vrai que les paroles explicites de ces chansons peuvent offenser les oreilles les plus prudes, mais l’instru du Rabòday n’a rien à reprocher. C’est d’ailleurs un rythme urbain né de sonorités modernes ; le reggaeton, l’afro-House, le kuduro parfaitement mariées au rara, à d’autres rythmes traditionnels d’Haïti et au house music. Heureusement pour le rabòday, certains chanteurs l’ont compris et ne ménagent pas leurs méninges pour mettre sur le marché des singles ou des chansons de carnaval avec des thèmes sensibilisateurs sur des fléaux dont souffre la société. C’est le cas de Fresh La de Vwadèzil qui s’en sert pour faire des revendications plus politiques. 

Il y a un fossé entre le rabòday « CHAWA » de Tony Mix et le rabòday domestiqué et révolté de Fresh La. 

Si le rabòday de Tony est quelque chose d’insupportable qui dérange la famille, l’élite intellectuelle, les féministes… celui de Fresh La dit des vérités qui dérangent les dirigeants politiques. Donald Joseph de son vrai nom, fait la promotion de ce rythme, à travers des titres tels que « Boubou ft G Dolph », « Boule jou a » ( première chanson de rabòday avec lyrics ayant contribué à la popularité du beat maker G Dolph grâce à Fresh La qui avait révélé son identité avec la phrase : G Dolph ap banm bon beat) « Rabòday pa komisè », « Mpa nan kk », « Mpa nan pale fransè », « Mkonpran peyi a », « Les peta d’or », « Demere », « Sou zo do m » et tout le tremblement. Pour lui, on peut faire du rabòday sans être vulgaire en évitant la violence des propos qui chosifie la femme devenue telle une poupée gonflable, dénuée de tous sentiments et désirs. « Moi, je chante du rabòday avec les mêmes mélodies vocales mais avec des paroles différentes. Les thèmes récurrents de mes chansons sont les critiques sociales, réflexions et problèmes quotidiens », a clarifié le chanteur qui en a profité pour dénoncer toute une série de déviations et de mauvais comportements affichés par certains artistes du rabòday.

Fresh La va bientôt s’engager contre le rabòday « chawa » à travers une campagne qui visera à sensibiliser, interpeller et mobiliser des animateurs radio, des éleves et étudiants, des artistes du rabòday pour faire de la lutte contre le rabòday « chawa et bòdègèt » l’affaire de tous. Cette campagne s’inscrira dans l’exact prolongement d’une action engagée avec Haiti Rabòday. « En tant que campagne, nous ne prétendrons pas nous opposer au rabòday en tant que style musical, nous voulons seulement qu’il y ait une prise de conscience, pour que la femme soit mieux valorisée dans ce genre musical, non plus considérée en tant qu’objet sexuel mais comme un être pensant, intelligent et précieux autant en esprit corps et âme »,a t-il conclu. 

Créer des styles, c’est une chose. Mais c’en est une autre de réellement arriver à les faire s’exporter.

Fresh La à travers Haiti Rabòday, souhaite aider le rabòday à s’exporter. Le Rabòday est très populaire en Ayiti, mais a un peu plus de mal à franchir d’autres horizons. La Jamaïque a cette incroyable habitude de créer un genre, de le faire exploser à la face du monde, puis de recommencer avec un autre. Du ska au reggae en passant par le dancehall le plus moderne, la musique de ce petit territoire dix fois plus petit que Cuba, s’exporte massivement. Impossible de ne pas aborder Bob Marley, qui place l’île de la Jamaïque sur la carte du monde. Fresh La aka King rabòday dit souhaiter que tout le mérite de l’exportation du rabòday lui revienne. 


Miché de Payen #GhettoSkills

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