Clip “Mato”: Jean Jean Roosevelt croit que Haiti se fait bannaner !

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« Mato » est le 3e extrait de « Grenadye Alaso », un album aussi solide dans la forme que dans le fond, dont la sortie officielle est prévue le 10 août à Jérémie. Auteur, compositeur, interprète, ce “haut parleur de la cause féminine”, s’inspire de l’hypocrisie des pays étrangers pour nous concocter ce bijou. Offensive et engagée, la chanson du clip de « Mato » est une arme, dont il se sert pour dénoncer les interventions et l’interventionnisme des pays dits amis d’Haiti, pour évoquer aussi l’échec de l’aide humanitaire lorsqu’elle devient structurelle, lorsqu’elle se substitue à l’Etat dans toutes ses missions.

Porte-voix des couches les plus défavorisées, Jean Jean Roosevelt, armé de son mégaphone, sillonne les rues pour faire passer le message. Il s’élève vigoureusement contre l’ingérence et l’intervention des grandes puissances  et de l’ONU dans le conflit haïtien. Dans sa chanson, l’auteur s’en prend à l’interventionnisme du Canada, de la France et, bien sûr, des États-Unis qui ne cessent de répéter qu’ils désirent guider Haïti vers la démocratie et la bonne gouvernance, alors qu’ils ont toujours œuvré indépendamment et conjointement à empêcher les Haïtiens d’avoir une véritable démocratie. Mêlant l’hypocrisie à l’arrogance, ces pays-là qui ont soutenu, diabolisé et renversé un gouvernement démocratiquement élu, ont dépensé et dépensent encore des millions de dollars pour promouvoir ce qu’ils appellent la « démocratie et la bonne gouvernance ». Or, ces investissements servent en réalité à empêcher que s’exprime la volonté populaire en Haïti.

Dans sa chanson, l’interprète de « Lettre à ma femme », a mis en question l’efficacité des forces onusiennes dans le pays. De la MINUHA (Mission des Nations unies en Haïti, créée à l’origine pour faciliter l’implantation de l’Accord de Governors Island signé par les parties belligérantes haïtiennes le 3 juillet 1993) à la Minustah, (dont la mission fondamentale était de restaurer un climat sûr et stable; d’appuyer le processus politique en cours; de renforcer les institutions gouvernementales et les structures d’un État de droit et de promouvoir et protéger les droits de l’homme à Haïti) en passant par la Minujusth, Jean Jean Roosevelt a ridiculisé le bilan décevant des Casques bleus dans le pays. Pendant plus de deux cents ans, la présence de troupes étrangères a alterné avec celle de dictateurs. C’est la force qui définit les relations internationales avec Haïti et jamais le dialogue. Maintenant, 215 ans après notre indépendance, que les forces multinationales viennent à notre secours est un aveu de faiblesse. Ça veut dire que notre génération n’a pas relevé le défi. On peut dire que les ancêtres qui ont combattu l’esclavage ont réussi, que les parents qui avaient combattu les puissances coloniales et obtenu leur indépendance ont réussi. Mais notre génération, elle, a échoué. Elle n’a pas su doter les pays d’une vraie indépendance économique, politique, militaire.

L’artiste dresse un bilan très critique de l’action de la Communauté internationale dans le pays après le séisme de 2010. Les millions de dollars décaissés par les bailleurs de fonds dans les conditions que cela a été fait n’ont pas eu les effets escomptés. Au lieu d’un futur meilleur pour le pays, la sitaution a empiré. Dans son morceau, il planche avec art sur l’échec de l’aide humanitaire lorsqu’elle devient structurelle, lorsqu’elle se substitue à l’Etat dans toutes ses missions, on aboutit à une déresponsabilisation collective. S’il existe une preuve de l’échec de l’aide internationale, c’est Haïti. Le pays en est devenu la Mecque. Le séisme du 12 janvier, puis l’épidémie de choléra ne font qu’accentuer ce phénomène. Il croit que le peuple haïtien s’est aussi fait bananer par la CIRH après le séisme du 12 janvier ainsi que par les différentes commissions post ouragan.

Auteur d’une discographie engagée, comme en attestent les titres de ses disques, il n’a cessé de mêler les lignes de la musique et du combat : le verbe comme une arme, les disques comme des brûlots.

Miché de Payen

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