Un Martiniquais ouvre une école de mannequinat à Haïti

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Interrogé par Mélomag sur sa visite dans le pays, Carl Oliveri Joseph, 26 ans booker en agence de mannequin en Martinique, a répondu qu’il était venu explorer le terrain pour y « ouvrir une école professionnelle de mannequins ». Arguant que ce métier, contrairement à ce que certains pensent, s’apprend comme tous les autres. Convaincu qu’une bonne formation est gage de succès, il dit vouloir partager avec les apprenties mannequins ses connaissances dans le milieu de la mode. Il n’a pas hésité à évoquer l’existence d’un réseau de prostitution au sein même du milieu, tout en critiquant certaines agences de mannequinat qui se rendent complices des prédateurs sexuels. Des directeurs d’agence, « capables de faire ou de défaire une carrière », couchent avec de très jeunes femmes— une réalité effarante qui, il en est sûr, est encore vraie de nos jours.

Mélomag : Bonjour Carl Oliveri Joseph, racontez-nous un petit peu votre parcours?

Carl Oliveri Joseph : Tout a commencé à 19 ans lorsque j’ai été repéré par un photographe martiniquais qui m’a ensuite proposé une séance photos. Ensuite il m’a conseillé de m’inscrire à un centre de formation dédié au mannequinat en vue de me former. J’ai écouté ses conseils et choisi une école pour devenir mannequin.  Cette formation m’a permis de comprendre en quoi consiste le métier de mannequin et m’a permis d’acquérir les outils de base. Le mannequinat c’était juste un moyen pour arrondir les fins des mois, je n’étais jamais destiné à faire ce que je fais aujourd’hui, mais après j’ai adoré l’ambiance et l’entourage et cette transition était très excitante. Après ma formation, j’ai évolué dans le milieu du casting et organisé de nombreuses auditions avant d’être recruté en tant que talent scout par une agence de mannequins. La vérité c’est que je ne me considère pas comme un modèle.

Mélomag : Quel est votre métier alors si vous ne vous considérez pas comme un modèle ?

Carl Oliveri Joseph : Je suis booker.

Mélomag : Comment définiriez-vous le métier de booker?

Carl Oliveri Joseph : Ce métier consiste à promouvoir et développer le mannequin. Le booker est l’agent commercial du mannequin, son rôle est de trouver un maximum de contrats intéressants financièrement pour le mannequin mais aussi dans le but de lui obtenir de bonnes images pour son book.

Le travail du booker est de former le mannequin débutant, écouter ses attentes, le guider et l’orienter. Présenter le mannequin aux personnes importantes pour son développement et pour améliorer son book. C’est-à-dire des photographes de talents et influant dans le secteur, des stylistes, des make-ups, des coiffeurs, des clients potentiels. Le booker se doit aussi de protéger ses mannequins des personnes mal intentionnées qui pourraient profiter de la jeunesse et de la crédulité du débutant.

Mélomag : Pourquoi avez-vous choisi Haïti pour y ouvrir une école professionnelle de mannequins ?

Carl Oliveri Joseph : J’ai choisi Haïti premièrement parce que c’est là où ma mère est née. L’idée de l’école m’est venue après avoir visité plusieurs agences bidon dont les directeurs ne sont que des arnaqueurs. Leur but consiste à profiter le maximum des participantes. Ce ne sont que des escrocs qui se spécialisent dans l’arnaque aux apprenties mannequins. De nombreuses jeunes filles veulent devenir mannequins et des escrocs profitent de leur naïveté voire leur ignorance pour créer de fausses agences de mannequin et profiter de l’envie des rêves de certaines pour leur soutirer de l’argent. J’ai rencontré des mannequins qui m’ont témoigné des actes de harcèlement et autres agressions sexuelles subis dans l’industrie de la mode. Certaines jeunes filles sont obligées de passer toujours par des pratiques malsaines pour réussir dans ce milieu où les tentations sont nombreuses. L’alcool, la drogue, le sexe, la mauvaise réputation. Certains coaches de modèles posent des rencarts galants incluant une relation sexuelle aux jeunes mannequins en quête de reconnaissance. Elles se résignent à se plier à cette règle officieuse, car refuser les avances sexistes et dégradantes peut conduire à de fâcheuses conséquences. Longtemps, la loi du silence a étouffé ces affaires. Par peur de mettre une carrière en danger.

Mélomag : Mais les fausses agences ça n’existe pas seulement à Haïti ?

Carl Oliveri Joseph : Non pas seulement à Haïti. Ça existe partout ! Mais les jeunes femmes haïtiennes sont beaucoup plus exposées aux arnaques en raison de la nature multidimensionnelle de la pauvreté.

Mélomag : Comment reconnaitre une agence bidon ?

Carl Oliveri Joseph : Une agence ne demande jamais de frais d’inscription. Au contraire, c’est elle qui vous paie. Le book d’agence est également gratuit. Si on vous demande de l’argent en vous promettant une carrière internationale, fuyez !!!! Une agence ne demande pas de photos de nu, elle les refuse ! Si on vous propose d’en faire, c’est une arnaque ! Une agence accepte une fille sur mille. Si vous vous rendez compte que n’importe qui peut rentrer dans l’agence, c’est une fausse agence. Si un scout (recruteur de mannequin) vous aborde dans la rue, méfiez-vous. Il doit avoir une carte professionnelle et vous donner le nom de l’agence ainsi qu’un rendez-vous à celle-ci. Ne le suivez nulle part le jour même. C’est une arnaque connue pour agresser de jeunes filles.

Mélomag : Ok maintenant revenons à l’école de mannequins que vous comptez offrir à Haïti. Pouvez-vous nous en parler ? Vous avez déjà  choisi un nom ? Quelles formations proposera-t-elle ?

Carl Oliveri Joseph : Le nom c’est Model Institute. Model Institute va ouvrir ses portes au cœur de Pétion-Ville et accueillera des apprenties mannequins dès le mois de juin 2019. Model Institute proposera une formation «Devenir mannequin » d’une durée de 18 mois, dont 6 mois d’accompagnement et de suivi dans le milieu professionnel. Elle permet d’acquérir la technicité, les codes et le mental nécessaires pour exercer ce métier tant convoité. Nos filles apprendront ainsi, à se maquiller, à se coiffer, à poser face à des photographes professionnels mais aussi à défiler, marcher, détenir leur book professionnel ou encore à se vendre auprès de leurs futurs employeurs. Les formations que nous proposons leur permettront de cerner le marché du mannequinat et surtout elles sont aussi destinées aux filles qui rêvent de remporter des concours de Miss. Des cours d’acting, de danse, de business english et de français sont proposés aux futures mannequins professionnels afin qu’elles puissent maîtriser tous les aspects de la profession.

Mélomag : Et comment intégrer Model Institute ?

Carl Oliveri Joseph : Pour celles et ceux qui souhaitent intégrer cette fameuse école, attention à votre carte de crédit car il faudra débourser 20 $ us pour s’inscrire et 60 $ us chaque mois pour une formation de 18 mois. Cependant après votre formation à Model Institute, vous pourrez peut-être prétendre à n’importe quel casting et vous présenter aux concours de Miss.

Mélomag : Faut-il passer des castings pour intégrer Model Institute ? Comment ça se passe ?

Carl Oliveri Joseph : Oui, il faut dans un premier temps, envoyer des photos à Model Institute : une en portrait (face et profil), une en pied afin que l’on voie votre Silhouette, une photo en maillot. Les inscriptions se dérouleront à la manière d’un vrai casting. Nous n’allons caster que des filles qui mesurent entre 1,73 m et 1,80 m, c’est l’idéal. Parce qu’en dessous de cette taille, les vêtements tombent moins bien et la fille fait donc moins de shoots. Mais pour l’école, la tranche d’âge se situe entre 16 et 25 ans.

Mélomag : Comment pensez-vous qu’il faut se préparer à ce casting ?

Carl Oliveri Joseph : Ne pas arriver à Model Institute avec trop de maquillage, ni trop de bijoux, avoir bien dormi la veille, soigner sa peau et avoir les cheveux propres, ainsi que les mains soignées

Mélomag : Les coaches de modèles ce sont des Martiniquais ?

Carl Oliveri Joseph : Non, j’ai déjà formé une équipe de jeunes haïtiens. Je crois qu’ils sont très bien armés pour coacher nos prochaines élèves. Et moi je serai responsable du booking. La nouvelle session est prévue en juin prochain et le numéro local pour se renseigner est le +509 3201-1385.

Miché de Payen

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