Interview : Joana Dorcéus de retour pour la «Joa» de ses fans !

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Étudiante en Journalisme chez Media Academy, Joana Dorcéus est une danseuse et chorégraphe de Ballet, jazz, folklore et de danse contemporaine. Après avoir été longtemps éloignée des salles de spectacle, elle s’apprête à signer son grand retour sur scène, le samedi 13 avril prochain, à La Coupole, dans le cadre d’une soirée acoustique. Dans cette interview téléphonique, nous allons découvrir ses racines, ses influences musicales, son parcours.

Mélomag : Joana Dorcéus bonjour ! C’est un plaisir de vous rencontrer. Dites-nous comment la danse est-elle arrivée dans votre vie ?

Joana Dorcéus : Ce n’est pas moi qui ai choisi la danse, mais la danse qui m’a choisie ! J’ai grandi avec la danse,  je me voyais danseuse.  Tout comme ma mère et mon père avant nous (ma sœur et moi),  elle est arrivée aussi naturellement que le manger, le boire, la scolarisation etc.

Mélomag : A quel âge avez-vous commencé la danse ?

Joana Dorcéus : J’ai eu conscience de mes talents de danseuse à 4 ans. Grace à ma sœur et mon premier coach, Jenny. C’est avec elle que j’ai gagné mon premier concours.

Mélomag : “Joa de la scène”? Pouvez-vous nous expliquer le choix de ce nom de scène ?

Joana Dorcéus : Mes amis m’appellent Joa, et lors d’un long séjour en Martinique (je dois dire que ce pays m’a tout de suite adoptée et ouvert ses bras) et pour reprendre les propos du journal  “France-Antilles”,  je suis de ceux qui apportent la JOIE dans les cœurs et sur scène. Et en 2014,  mon équipe managériale m’a baptisée JOA DE LA SCENE. Je compte cependant reprendre mon nom Joana pour mes prestations et mettre le nom de scène de côté pour les projets socioculturels.

Mélomag : Vos parents alors ? Ça n’a pas provoqué leur colère ?

Joana Dorcéus : Mes parents sont de ceux qui supportent et encouragent leurs enfants quels que soient leurs choix.  Mais comme Ils étaient aussi danseurs dans le temps, ils étaient ravis que je me fasse un nom dans le domaine.

Mélomag : Qu’est-ce que vous a apporté la danse ?

Joana Dorcéus : La danse m’a d’abord apporté une paix inconditionnelle. Que je sois triste, fâchée, ou pas je trouve à travers elle, le moyen de canaliser, de changer ces émotions et de faire ressortir du beau et du vrai.  Mais elle m’a aussi apporté le sens de l’altruisme et du don de soi.  En effet,  à travers divers spectacles de Haiti Tchaka Danse, où je me suis perfectionnée de 2006 à 2014, où j’ai eu  aussi à dispenser des formations aux enfants et jeunes des quartiers les plus pauvres du pays.

Mélomag : Vous êtes aussi chanteuse ? Racontez-nous votre parcours musical ?

Joana Dorcéus : Je dis toujours que je suis née danseuse et que la musique m’a rattrapée plus tard. En effet j’avais 16 ans quand Brusma DAPHNIS, le directeur de Haïti Tchaka Danse a découvert mon talent de chanteuse. Il m’a tout de suite donné les répertoires de Carole Demesmin, Martha Jean Claude et Sarah Brithman pour travailler ma voix.

Mélomag : Parmi vos influences musicales, vous citeriez qui ?

Joana Dorcéus : (Rires) j’ai l’impression d’avoir un peu anticipé. Je citerais Carole Demesmin (je connais 3 de ses albums), Martha Jean Claude, Sarah Brithman, Beyoncé et Christina Aguilera. Mélangez le tout et vous obtenez Joana.

Mélomag : Vous avez déjà enregistré une chanson ?

Joana Dorcéus : Je suis en train d’enregistrer Back to the roots. La mélodie est de Joseph CHRISTIAN, les paroles de Pierre Rigaud Chéry.  C’est un texte qui exhorte les Haïtiens à revenir aux racines, à s’investir et à changer le présent pour l’avenir

Mélomag : Concilier la danse, le chant et une vie familiale n’a pas été compliqué pour vous ?

Joana Dorcéus : Au début si, c’était fatiguant. Vu que j’avais décidé de travailler à mon compte, donc de créer ma propre école, souvent je m’y perdais. À présent ça va, les filles font aussi partie du boulot (elles dansent). Ça nous permet de passer encore plus de temps ensemble.

Mélomag : Une artiste nous disait récemment : « Quand tu es une jeune femme, tu dois tout le temps te battre pour être celle qui décide quand tu fais de la musique ». Tu partages cet avis ?

Joana Dorcéus : Elle a raison. C’est indiscutable. C’est  plus difficile quand tu es une femme dans ce milieu. Cela dépend de celui qui te soutien, mais aussi de ton public.  Mais dans tous les cas on doit se battre pour se faire un nom dans ce milieu (j’ose le dire) encore machiste.

Mélomag : Vous êtes aussi enseignante ?  Enseignez-vous la danse ?

Joana Dorcéus : J’enseigne la comptabilité, le français, les techniques vocales et de gestion scénique mais également la danse.  J’ai débuté ce cycle avec la danse, on vient justement de célébrer mes 12 ans d’enseignement en danse à l’école LA GARDOCHE NOUVELLE

Mélomag : Est-ce que cela signifie qu’un(e) danseur (euse) est destiné(e) à enseigner ?

Joana Dorcéus : Au contraire c’est très complexe.  Tout danseur n’est pas destiné à enseigner. Un danseur étoile peut ne pas être un bon professeur. Il peut avoir de très bonnes techniques et ne pas avoir la capacité de transmission. C’est courant. La réciproque est aussi vraie : on n’est pas obligé d’être étoile de la danse pour en transmettre les acquis. C’est une question de méthode, une toute autre école (la formation de formateurs).

Mélomag : En général, lors d’une création, comment travaillez-vous avec les danseurs?

Joana Dorcéus : Je préfère travailler avec des débutants, sans technique, ils ont une meilleure capacité d’apprentissage et d’adaptation. Il arrive cependant que je sois prise de court pour un contrat ou un voyage culturel, je fais alors appel à des professionnels pour aller plus vite. Dans ces cas-là je priorise les danseurs que j’ai formés dans le temps, ou mes frères de scène à HTD on a la même technique, on va plus vite.

Mélomag : Vous avez annoncé votre retour sur scène qu’est-ce qui vous a éloignée des salles de spectacle ?

Joana Dorcéus : Jeune mère et représentante d’une organisation en cours d’implantation en Haïti, il fallait me concentrer sur l’éducation de mes filles et sur la coopération avec l’OMDAC (Organisation Martiniquaise pour le Développement ses Arts et de la Culture) en vue de favoriser les actions entre les jeunes Haïtiens et Martiniquais.

Je me donne pour Mission de lutter pour la structure et la valorisation du secteur culturel en Haïti. En fin  de compte, il ne nous reste que cela, nous n’avons que notre culture pour nous valoriser face au monde entier, pourquoi ne pas reconnaitre et encadrer les professionnels du secteur?  Pourquoi ne pas précisément intégrer la danse folklorique dans le cursus scolaire?  Pourquoi n’y a-t-il aucun condensé sur nos 103 rites? ?? Voici mon combat !

Mélomag : En terme de spectacle qu’est-ce que vous allez offrir au public qui fera le déplacement pour aller vous applaudir à La Coupole, ce samedi 13 avril 2019 ?

Joana Dorcéus : Ce sera une soirée purement acoustique. La formation musicale ne sera pas présente au grand complet (en tout cas pas sur scène), ni mes danseurs d’ailleurs, contrairement aux habitudes. Mias, Je serai accompagnée de mon keyboardiste Cliff BELLEVUE qui est également chanteur du groupe, vous aurez ma voix, un répertoire très varié (musiques folkloriques, jazz, cumbia etc.) et bien entendu mes pas de danse dont les déhanchements inoubliables vous faisaient rêver dans le temps. Deux longues heures pour vous rappeler que Joana est toujours la joie de vos cœurs et de la scène.

Mélomag : Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait devenir danseur, chorégraphe ou professeur ?

Joana Dorcéus : Ose!  Ose et fonce!!! Quelle que soit ton intuition, c’est la bonne. Au début ce ne sera pas facile. Si tu souhaites devenir danseur dans un pays comme Haïti (où le secteur n’est pas encore structuré), poursuis quand même tes études lance-toi avec un bac+1. Les deux se concilient. Sois intelligent et sage, ouvert à tout apprentissage. La danse rapporte, mais il faut être intelligent.

Miché de Payen

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