Princess Eud, une dominatrice au sein d’un rap masculin.

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Mardi 19 mars 2019 – 11 h 56 / Par Vinel Flerilus

Retour sur le brillant parcours musical de cette artiste qui, malgré les écueils du milieu arrive à se frayer un chemin pour imposer sa domination dans le rap game haïtien.

Princess eud, de son vrai nom Eunide EDOUARIN, est née le 25 avril 1984 à jalousie, une banlieue de Pétion-ville. Bercée par la musique dès sa plus tendre enfance, elle devient une passionnée de la tendance hip-hop et s’est vite vue démarrer une carrière musicale étincelante grâce à sa participation à la chanson de carnaval du groupe tribu de job en 2000.

En 2001, elle fait ses premières armes sur scène avec le collectif ASRAP sur le titre ‘kay madan brino’ puis en 2003 avec LIVE JAM dans ‘fanm se kajou’ ou elle réalise une performance remarquée. C’est en 2006 que la princesse sort du lot pour se faire connaitre du grand public et confirme du coup son statut  de star du rap haïtien grâce au succès escompté de son titre « Hey ! ». Elle rejoint  officiellement le groupe mistik 703 en 2009 et participe de la même année à l’album décennie qui s’est distingué par la qualité des textes puisés dans la réalité socio culturelle du pays. Un album qui verra la dissolution du groupe au moment où il commençait à connaitre du succès.

Après la dislocation du groupe, Princess Eud entame une autre aventure musicale en duo avec Ded Krazy son compère de mistik703 et dévoile un peu plus tard un projet musical baptisé  « Limyè wouj » mis dans les bacs en juillet 2011. Grace à cet opus, le duo décroche de nombreux contrats internationaux  notamment aux États-Unis, en France, à Cuba, au Japon et dans les Antilles  françaises entre 2011 et 2017.

Artiste polyvalente, Eud a su conquérir le cœur d’un large public et transcender les codes d’un rap haïtien majoritairement masculin réputé pour son machisme en acérant sa plume, une victoire pour la rappeuse qui a connu moult  galères avant de se hisser sur les plus hautes marches de la gloire.  Chaleureuse, belle, sympathique, naturelle, joviale, elle a la capacité de surfer sur plusieurs mouvances musicales notamment le rap, le RnB, le dance hall, le soul et autres. 

Après 17 ans de carrière, ce poids lourd du rap remonte sur le ring et dévoile enfin son premier album baptisé : Eudomination comportant 12 titres dont 6 videoclipés, “M’ap gade’w”, “Voye’m anlè”, Eudomination en ft avec Mikaben , “Je rappe fort”, Konsolem et “Caribean love” avec la participation de Admiral-T, le roi du reggae dancehall guadeloupéen. Un album dont elle se dit satisfaite…

Elle dépeint le quotidien des gens grâce à son inspiration qui lui vient de tout ce qui l’entoure. À travers ses chansons elle chante les problèmes qui rongent notre société, dont l’hypocrisie, la jalousie, la rancune, l’antipathie, mais aussi le mode de vie des gens qui se donnent le plaisir de s’exhiber sur les réseaux sociaux. Selon Eud, on devrait cultiver beaucoup plus de tempérance et voir les choses du bon côté.

L’artiste évoque sa personnalité forte et ne compte pas se laisser influencer par  son  entourage et aussi ses fans pour faire croitre sa notoriété dans le milieu musical haïtien.

Interrogée sur le titre de son album “Eudomination”, la princesse dit puiser ce nom de son succès effréné et de sa large domination dans le rap Game haïtien en tant que femme tout en creusant cette piste de réflexion et faire le point sur la situation actuelle des chanteuses haïtiennes qui se voient confrontées à de diverses difficultés pour se faire un nom. Elle veut pallier cette invisibilité que connaissent les femmes dans ce milieu stigmatisé pour ses motifs misogynes et sexistes.

Se faisant absente sur la scène nationale après la sortie de son album, la princesse ne cesse de multiplier ses prestations discrètement en dehors du pays, une bonne nouvelle pour ses fans mais étonnante, vue qu’elle n’est pas de ces artistes qui font la promotion de leurs “avant et après” prestations. Quant à Elle le calme et l’humilité sont les clefs pouvant lui permettre de voir son talent l’emmener au sommet de la scène internationale.

Elle dévoile les raisons pour lesquelles il y a très peu de featuring sur son album et en profite pour critiquer les jeunes rappeurs qui selon elle, manquent de maturité et de charisme dans leurs textes et il devient de plus en plus difficile de nos jours de différencier un rappeur d’un autre, on a l’impression d’entendre toujours le même MC  avec les mêmes flows à cause de cette culture de médiocrité qui creuse une véritable carence. Quant à sa collaboration avec un artiste elle exige que ce dernier suive sa même lignée musicale.

Cependant, le rappeur Toby devrait se réjouir car si la princesse devait choisir parmi les jeunes artistes de la nouvelle génération pour un featuring ce serait lui. Princesse Eud déclare apprécier ses flow et ses textes.

Sa collaboration avec Admiral T pèse très lourd sur cet album bien qu’ils aient déjà collaboré sur le clip de my Queen, un clip qui rend hommage aux femmes noires et dans lequel princesse Eud joue le rôle de la queen, une femme naturelle qui incarne les valeurs haïtiennes.

De tous les temps, dans toutes les sphères sociales, les femmes ont dû faire face à la misogynie d’une société les reléguant  à un rang inférieur à celui des  hommes. Heureusement, certaines ne se sont pas laissées faire et se sont battues pour l’égalité. Un combat poursuivi aujourd’hui par Eud.

Pour soutenir sa politique, elle se réfère aux chansons grivoises ne faisant que détruire la  réputation de la gente féminine qui, selon elle, n’a aucun choix que de se laisser entrainer par le courant de ces chansons entrainantes et dansantes.  Par ailleurs, elle invite la femme haïtienne à se réveiller et à se faire respecter par son caractère et ses comportements.

La princesse croit que le rap est en constante évolution car il est beaucoup plus facile de faire la musique aujourd’hui qu’autrefois grâce à la modernité des choses. Et de plus le rap est un cri de révolte, une musique qui part d’une nécessité vitale, devant  véhiculer sèchement les propos sans langue de bois, une musique qui doit se caractériser par la dimension de ses paroles et ses thématiques sociétales, rappelle Eud.

17 ans de carrière. Quand on y repense, c’est comme si Princess Eud avait toujours été là, presque témoin du rap haïtien. Elle a su se faire discrète, sans jamais créer le buzz ni devenir une évidence auprès du grand public. Mais en traçant sa propre route, Eunide Edouarin, de son vrai nom, a réussi à garder l’équilibre dans un milieu en constante mouvance et majoritairement masculin.


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